« Les rayons et les ombres », fresque historique durant l’occupation, retrace le parcours d’un collabo, Jean Luchaire, en épousant son point de vue. Bienvenu chez les « salops »!

Dans « Illusions perdues », l’un des plus connus romans de La Comédie humaine, Balzac dépeint dans d’une façon détaillée la société française sous la Restauration. Cela a valu un film très réussi dans lequel il était notamment question, à travers les aventures d’un jeune poète, du rôle de la presse. Plus de cent ans plus tard, durant l’occupation, Xavier Giannoli, remet le couvert avec « Les rayons et les ombres » en s’inspirant d’une histoire vraie, celle du patron de presse Jean Luchaire et de sa fille Corinne, jeune actrice en devenir. Le scénario, signé Xavier Giannoli et Jacques Fieschi, est passionnant. On dirait vraiment une suite réussie au roman de Balzac.
Un drame historique
Et avec ce drame historique de 3 h15, le metteur en scène parvient à maintenir l’attention sans trop de soucis. C’est cette fois écrit à la manière de l’écrivain Romain Slocombe, celui qui, avec son inspecteur Sadorski, a renouvellé le genre de la littérature durant l’occupation. Cette plongée du mauvais côté de l’histoire est longtemps restée tabou car le chemin ressemble à une route vers l’enfer, c’est-à-dire pavée de bonnes intentions.
Un bon moment pour rebondir ?
Donc, pour Jean Luchaire, patron de presse ruiné, l’occupation est bien le bon moment pour rebondir. Et il peut compter sur les bons services d’Otto car son ami allemand de longue date est ambassadeur à Paris. Avec son aide, Jean Luchaire va pouvoir éditer un nouveau journal, « Les nouveaux temps modernes », sous le contrôle et à la solde des allemands.
Magouilles et petits arrangements
Xavier Giannoli n’y va pas par quatre chemins pour montrer passe-droits et petits arrangements dans la France occupée. Le film est magnifiquement interprété par Jean Dujardin dans le rôle de Jean Luchaire et par Nastya Golubeva. Cette dernière est une sublime et attachante Corinne, starlette atteinte de tuberculose. Il dépeint donc les années collaborationnistes. Celles de ceux qui pensaient pouvoir vivre en paix avec Hitler. Ceux qui n’ont pas voulu voir ou ont fermé les yeux sur les exactions des Allemands. On connait la suite …
Fresque en costume, « Les rayons et les ombres » montre de l’intérieur la face sombre de la collaboration. Alors que les guerres sont partout aux portes de l’Europe, c’est à la fois glaçant et salvateur.
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Note : 9 /10


