« Creature Of Habit », un nouvel album réussi pour Courtney Barnett

« Creature Of Habit », un nouvel album réussi pour Courtney Barnett

Après cinq ans de silence discographique, Courtney Barnett signe avec « Creature Of Habit » son disque le plus abouti depuis ses débuts.

La pochette de dernier album de Courtney Barnett
Courtney Barnett signe avec « Creature Of Habit » son disque le plus abouti.

Là où «Things Take Time, Take Time », écrit en plein confinement, avançait à pas feutrés dans une intimité presque recluse, ce nouvel album retrouve l’ampleur, la tension et le mouvement d’une artiste qui semble enfin sortie de la suspension.

Entre son départ de l’Australie pour Los Angeles et la fermeture de son label Milk! Records, Barnett a traversé plusieurs secousses personnelles. Elles irriguent tout l’album. « Creature Of Habit » parle du déplacement, du doute, de l’adaptation de cette étrange manière qu’a la vie de nous obliger à continuer, même quand tout semble avoir changé de décor.

Katie Crutchfield apporte une douceur mélancolique

Musicalement, le disque marque un vrai retour du relief. Dès « Stay In Your Lane », morceau d’ouverture nerveux et abrasif, Barnett renoue avec une énergie plus électrique, presque féroce. Mais l’album ne se résume pas à ce sursaut rock. Il déploie ensuite une matière plus ample, plus lumineuse, où affleurent parfois des échos de « The War on Drugs ». Sur « Site Unseen », la présence de Katie Crutchfield apporte une douceur mélancolique particulièrement juste. Porté à la basse par Flea, elle surprend par sa tension contenue.

Une grand atout : l’écriture

Le grand atout de Barnett reste pourtant intact : son écriture. Toujours capable de faire surgir l’émotion à partir d’un détail, d’une hésitation, d’un simple flottement intérieur, elle signe ici certaines de ses chansons les plus sensibles. «Wonder» touche par sa mélancolie retenue, « Mostly Patient » par son dépouillement, et « Sugar Plum » rappelle combien Barnett sait mêler vulnérabilité, ironie et images fulgurantes sans jamais forcer l’effet.

Moins immédiatement accrocheur que ses premiers albums, « Creature Of Habit » gagne en profondeur ce qu’il perd en immédiateté. C’est un disque de transition, au sens le plus noble du terme : une œuvre sur le fait d’accepter le mouvement, de composer avec l’instabilité, et de faire de l’incertitude un espace habitable. Sans doute son album le plus mature et le plus touchant à ce jour.

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