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Las Corrientes. Emportée par la vague

“Las Corrientes” fait partie de la compétition du film A l’Est. Présenté samedi en fin de journée à L’Omnia, “Las Corrientes”, les courants en espagnol, raconte les errances suicidaires d’une styliste de passage en suisse.

L'affiche du film “Las Corrientes”

Tout commence très vite. Sans raison apparente, Catalina, surnommée, Lina, 34 ans enjambe une barrière et se retrouve, glacée, au milieu d’un fleuve. La jeune femme, une styliste argentine très réputée, sera sauvée mais ne s’en remettra jamais tout à fait. Le film “Las Corrientes” montre ses errances alors que sa vie se déconstruit sous ses yeux. Toujours en fuite, Catalina est en pleine crise existentielle. Ses rapports avec sa famille et son travail vont peu à peu et d’une manière aussi insidieuse que lancinante se déconstruire.

Samedi, l’actrice principale, Isabel Aimé Gonzalez Sola, celle qui porte littéralement le film sur ses épaules, été présente à l’Omnia République à Rouen pour répondre aux interrogations, nombreuses, des spectateurs sous le charme de ce film d’atmosphère parfaitement dans son époque, avec même quelques relents lesbiens à peine assumés.

Isabel, comment a été ta rencontre avec cette réalisatrice, avec Milagros Momenthaler? 

La réalisatrice est argentine et elle a cherché des actrices en Argentine, puis s’est rendu compte qu’elle voulait un peu ouvrir son casting. Elle s’est demandé si ce n’était pas quelqu’un qui n’habitait peut-être pas à Buenos Aires. Ça l’intéressait d’imaginer un personnage un peu détaché de sa vie, avec une espèce de détachement de son propre corps. Mon agent m’a envoyé le scénario, j’ai lu, et après il y a eu une longue période d’audition.

Le secret du jeu

Est-ce que tu as influencé le travail du personnage, parce que c’était une incarnation très forte, est-ce que le scénario a changé ?

Elle voulait qu’on travaille ça plus en secret, avec quelque chose que le personnage a en soi, mais qu’il ne va jamais clairement dire. Ça l’intéressait beaucoup de plus d’essayer de montrer quelque chose de l’intérieur, et plus être innocente, que moi, l’actrice, je sois autant innocente que Lina à quelque chose près. Lina commet un acte, et après, elle retrouve sa vie, sa vie de chef, de femme, de mère.

Fragilité

Il fallait montrer comment elle faisait pour continuer à vivre cette vie très solide mais avec quelque chose à l’intérieur d’elle en désordre. Donc, en fait, on a plus travaillé finalement des choses physiques, très physiques, que la psychologie. C’est un personnage très loin de moi aussi, dans l’énergie, donc il fallait travailler dans la concentration de quelque chose, dans l’intérieur de quelque chose, et jamais dans une énergie par rapport à l’état qu’elle est en train de vivre.

Le grand plongeon

C’est presque une performance de tenir tout le temps ce rythme-là. Le film est très particulier, il destine quelque chose d’étrange. Comment vous vous maintenez tout le temps dans votre quotidien de travail, ce rythme-là, comment vous maintenez ça ?

En fait, déjà, on a eu la chance de commencer par la Suisse.  Ça veut dire qu’on a tourné d’abord le plongeon. Du coup, ça, ça m’a bien mis dans le bain ! C’était en janvier, et vraiment, il faisait très, très, extrêmement froid.  J’avais bien évidemment une combinaison mais on a fait plein de prises … Ensuite, je me suis bien rendu compte que Milagros, ça dépend de chaque réalisateur, ne voulait pas travailler la psychologie. Finalement, c’est un film qui raconte beaucoup plus comment le corps dit quelque chose. C’est comme si le corps lui disait : « Va-s-y, réveille-toi, au sort de cette vie, il y a quelque chose qui ne va pas. » En psychanalyse, ça s’appelle le passage à l’acte. C’est acte physique qu’on fait avant de se raconter.

Ce film raconte une femme vue de l’intérieur ?

On est beaucoup dans la tête de Lina. Son intérieur va commencer à regarder le monde depuis ce qu’il lui arrive. Elle commence à le percevoir d’une façon particulière que peut-être avant, elle ne voyait pas. Elle travaille dans le monde de la mode, qui est très efficace. Peut-être qu’elle voulait s’arrêter dans le trouble du personnage. Vous avez senti qu’il y avait un gros voyant, un peu lent ? Ça peut être aussi le montage. Le rythme global est plutôt lent, oui. C’est peut-être aussi culturel.

Qu’est-ce qui te reste de ce personnage ?

Un permis de conduire. Parce que je ne savais pas conduire. Maintenant j’ai mon permis.

Los Corrientes, en salle le 18 mars 2026.

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Avatar de Patrick Auffret

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années dans la presse écrite tout en se passionnant pour la photographie de concert. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en fin 2025.