Nous l’avions rencontrée Porte de Strasbourg Saint Denis, dans une tente, à l’abris du boulevard fin aôut mais ne pensions pas la retrouver là un mois plus tard. Elle, c’est Zehra Kurtay, une journaliste révolutionnaire en grève de la faim depuis le 3 juillet dernier. Son but : obtenir sa régularisation et le droit de rester sur le sol français.
Depuis le 26 mai dernier, Zehra Kurtay vit dans la crainte, celle d’être expulsée ! Pourquoi ? Elle a accepté de nous le raconter. « J’ai 53 ans et je viens de la Turquie, explique Zehra en français pas toujours parfait. Je suis un ancien journaliste de gauche révolutionnaire et anti-faciste. Je suis venu en France en 2007, cela fait 18 ans. »

7 ans de prison au total
Elle n’est ni Rom, ni Kurde mais elle a du partir à cause du président Erdovan, premier ministre du pays de 2003 à 2014 et président de la République depuis 2014. « Depuis 1994, je suis journaliste. Pour cela j’ai fait 4 fois de la prison, 7 ans au total. En 2000, j’ai déjà fait la grève de la faim isolée en prison durant 181 jours. »
Elle assure avoir alors vécu un cauchemar. « Vous êtes alors isolée. J’ai vu et j’ai subi des violences, du harcèlement sexuel, des viols. La torture aussi. Des clés de bras pour me bloquer, ou avec de l’électricité. J’ai vu la torture froide. »

« Je veux monter un système politique socialiste »
Révolutionnaire dans l’âme, Zehra a trouvé dans son combat la force de résister, de tenir, face aux atrocités commises en toute impunité sur elle comme sur ses camarades, hommes ou femmes. « Je vis pour mes idées politiques, pour mes rêves. J’ai un rêve pour le socialisme. Je veux monter un système politique socialiste. J’ai un rêve dans lequel tout le monde est égal. C’est le socialisme la première paix, le communisme est la deuxième. Le communiste ne peut pas se faire maintenant. Il y a les Amériques, l’Union Européenne. »
Zehra Kurtay a décidé de venir en France car elle a étudié le français. Problème, elle a perdu la mémoire lors de sa première grève de la faim. C’était en 2000, le 181éme jour. « Ils ont utilisé la force pour me nourrir. J’avais oublié comment parler, comment marcher, comme utiliser mes mains, j’étais comme un bébé. Je ne sais pas ce qui s’est passé alors. »
Il lui a fallut deux ans pour retrouver ses esprits. « C’était la guerre pour moi, très difficile. » Relâchée, elle ne lâche pas ses convictions. Même cause, même effet, l’Etat Turc ne la supporte plus. « Et en 2004, lorsque j’allais mieux, il s’est mis à me rechercher. En accord avec ma famille, j’ai décidé de venir illégalement en France chez des amis. J’ai pris un avion Izmir-Paris. C’était facile car j’avais un faux-passeport.»
A Fleury-Mérogis

Fidèle à ses convictions, Zehra, attente de papier, continue encore et encore de militer. Elle fait la manifestation du 1er mai, participe à la Fête de l’Humanité, et une nouvelle fois fini en garde à vue pour avoir participé à un concert avec le groupe turc révolutionnaire Grup Yorum.
Retour à la case prison, à Fleury-Mérogis, dans une celulle de 9 mètres carrés durant 4 ans. « C’était très dur, très dur… C’est une vieille prison, très sale. J’étais malade.» Cette nouvelle détention, inattendue car en France, se déroule entre 2012 et 2016. Elle est éprouvante psychologiquement et physiquement. Pire, est-ce possible encore ?, la France lui refuse le renouvellement de statut de réfugiée politique.

Depuis, elle se bat pour rester en France, a échappé de justesse à l’expulsion et a entamé une nouvelle grève de la faim pour obtenir son droit de séjour.
A cet effet, et à l’occasion du 90éme jour de sa grève de faim, Zehra Kurtay sera présente ce samedi 27 septembre à 17 heures au niveau du 77 boulevard de Magenta, dans le 10 éme arrondissement de Paris, pour un grande marche solidaire afin qu’elle puisse, enfin, obtenir ses papiers et à nouveau se reconstruire dans le pays des Droits de l’Homme ou ce qu’il en reste. Un peu d’humanité à son égard ne serait pas de trop.


