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Alice et Trade sur les traces de Paris-Texas

A travers deux personnages bien réels, Alice et Trade, Dom Simon a réalisé une exposition splendide à voir actuellement au Hangar 107, à Rouen. Un face à face virtuel entre deux figures presque irréelles mais pourtant bien réelles, Alice et Trade.

Dom Simon et ses diapositives fictives.

« J’ai de tout temps aimé Édouard Hopper. Dans mes études en art appliqué, j’avais déjà une fascination pour ce peintre, Édouard Hopper. J’ignorais pourquoi je l’aimais. Je ne me posais pas la question de savoir pourquoi. Juste j’aimais sa lumière, la façon dont il traite l’humain, ça me parlait. Ensuite, aimant beaucoup le cinéma, et notamment Wim Wenders, j’ai découvert que ce Wenders racontait, que son cinéma avait été influencé par Édouard Hopper. Et j’ai fait ma connexion entre Hopper que j’aimais d’un côté et Wenders que j’aimais de l’autre. » Pour réussir cette connexion, il mets en scène deux amis à lui, Alice, une ancienne élève et Trade, un ami de son fils.

3 années de travail

Dom Simon, un lyonnais né en Côte d’Ivoire âgé d’une soixantaine d’année, vient de trouver le concept de sa sublime exposition/installation « A touch of Hopper«  à découvrir actuellement au Hangar 107, sur les quais rive gauche à Rouen. De cette passion partagée pour des personnages en clair-obscur, il a posé les bases d’un travail sur le long cours, – 3 ans-, financé par les mécènes et bienfaiteurs du Hangar 107 mais aussi par des mécènes exceptionnels, le Fonds et Dotation Gilles Treuil et l’entreprise Normen. « Un collectionneur m’a mis en relation avec Nicolas Couturieux, le programmateur du Centre d’Art. En voyant mon travail, celui-ci a immédiatement accepté de m’introduire dans sa petite équipe d’artistes qu’il défend et qu’il montre ».

Carte blanche

Le plasticien a alors carte blanche pour mener à bien un projet artistique unique et singulier et novateur. « Il m’a dit, tu fais ce que tu veux. C’était il y a deux ans, et six mois après, je lui proposais une piste autour de ce sujet-là. Cela me hantait déjà un peu : j’avais commencé dans ma tête à faire des choses en rapprochant Wenders et Hopper. » Une histoire proche d’un story-board cinématographique prenait peu à peu forme. « Il fallait quelque chose de séquencé, parce que je voulais qu’on s’approche du cinéma. » Le projet est unique, monumental, à tel point qu’il ne sera sans doute jamais remontré dans sa totalité du fait de sa configuration.

36 diapositives

Concrètement, l’installation se compose de 36 répliques de diapositives. « J’adore imiter la photo. J’aime bien revisiter des choses qui sont marquées par une époque. Le polaroid, j’adore. La diapo, j’adore. Toute la période pictorialiste de la photo, les pictorialistes, c’était un courant photographique très fort, j’aime beaucoup.« 

Un sens artistique très fort

« Le collodion, le daguerréotype, les photographies d’Édouard Curtis sur les Apaches, sur les Indiens. Et j’aime tous les gens qui ont donné à la photo un sens artistique très fort. Ils allaient vers des choses beaucoup plus artisanales où ils ne cherchaient pas la netteté. Et n’avaient pas peur de l’imperfection devenue un argument graphique et esthétique. »

Une simple reproduction ?

L’exposition ne se limite pas à des fac-similés de diapositives. A l’intérieur de chacune d’entre elles, il y a un dessin fait sur du papier Canson avec des crayons de couleurs et du stylo bille. « En fait, j’imite de la photo. Donc à la base, je construis sur l’ordinateur quelque chose qui est photographique, un mélange de photos à moi et de photos qui ne sont pas de moi. Je fais une maquette aux confins de l’art numérique et de l’art photographique. Mais justement, ce n’est pas du tout numérique puisque c’est des dessins. » Au final, le traitement du papier avec différents outils peut laisser penser à une simple reproduction. Le flou et les reflets sont aussi deux points importants de son travail.

Un film à visionner

Et il est conseillé pour mieux comprendre la démarche de visionner le clip vidéo de Vincent Arnaud sur le processus créatif de l’artiste. Il est disponible à la demande. On y voit Dom Simon en plein création. « Je fais un projet sur mon ordinateur à base de photos que je mixe, sur lequel j’applique des filtres et je crée une ambiance. Ensuite, si ça me plaît, je vais vidéo-projeter, comme un graffeur va vidéo-projeter son projet sur un mur. Il faire un tracé et après le remplir de couleurs les espaces qu’il y a sur le mur. Moi, je vidéoprojéte mon dessin sur mon papier et j’applique au crayon de couleur. Au début, j’imprègne mon papier de couleurs, pour donner une base. Il n’y a pas de mélange, c’est une base. j’utilise beaucoup de crayons de couleur. » 

36 dessins

Au final, 36 dessin ont donc été réalisés, un clin d’œil à la pellicule même si celles-ci, c’était plus 24 poses que 36. «  Je suis peu dingue d’avoir dit 36. Je voulais un format un peu homothétique à la diapo. Et j’étais à l’aise avec le format 110×88. Parce que je venais de faire beaucoup de dessins dans ce format. Donc, j’ai essayé de placer un 110×88 dans un format diapo mais ce n’est pas tout à fait le format de la fenêtre de la diapo. La fenêtre est plus grande. »

Egarés sur les réseaux sociaux

8 mois seront nécessaire pour mettre en place un récit. celui de deux jeunes, un garçon et une fille, Tred et Alice, deux êtres égarés sur les réseaux sociaux. La porte d’entrée est l’ultramoderne solitude, comme dirait Alain Souchon. Elle est matérialisée par un objet, le téléphone portable. « En fait, je revisite la solitude des tableaux de Hopper, mais aujourd’hui, à notre époque. Mes personnages, Alice et Trade, au lieu de ne plus se parler et d’être côte à côte, comme dans les tableaux de Hopper, sont égarés dans une autre forme de solitude, qui est les réseaux sociaux. » Chaque image a son numéro, et occupe une place précise dans la narration. Un véritable parcours photographique est mis en place. « Mais quelque part, tout ce qui existe entre les images, c’est aux gens de le reconstituer. C’est un film en 36 épisodes, et c’est à chacun de créer son film. »

Les histoires d’Alice et Trade n’appartiennent déjà plus à Dom Simon.

Centre d’art contemporain Hangar 107, 107 allée François Mitterrand, 76100 Rouen. Entrée libre et gratuite du mercredi au dimanche de 14 h à 18h. A voir jusqu’au 12 avril. A noter, vu son succès, l’exposition sera prolongée.

Avatar de Patrick Auffret

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années dans la presse écrite tout en se passionnant pour la photographie de concert. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en fin 2025.