Il a quitté la députation volontairement après 32 ans de mandats parlementaires, juste avant l’avènement d’Emmanuel Macron. Et contre toute attente, François Loncle continue de fréquenter les couloirs de l’assemblée. Explications autour d’un café à la Brasserie Bourbon.

Nous ne sommes pas venus à Paris pour rencontrer François Loncle, mais l’occasion était trop belle. Alors qu’à l’intérieur du Palais Bourbon, la taxe Zucman était sur toutes les lèvres, nous avons pris un café avec l’ancien député de l’Eure, évidement là par hasard … Enfin, trois coups de fil plus tard, il apparait bien, chapeau Stenson sur la tête. L’occasion de constater que cet admirateur de Pierre Mendès France, dont il préside aujourd’hui l’Institut, n’a rien perdu de sa verve.
François Loncle, à l’heure où tout change si vite, vous êtes toujours dans les couloirs de l’assemblée avec votre carnet d’adresses si bien rempli. Vous feriez un très bon ministre ?
Non. J’ai passé l’âge. Ce n’est pas sérieux. Par contre, j’ai la chance d’être ami avec le 1er ministre Sébastien Lecornu. J’ai d’ailleurs plaidé pour qu’il soit là où il est. Il a été un très grand ministre des armées. Je l’ai connu lorsqu’il a été élu président du département de l’Eure. J’ai tout de suite découvert un homme jeune, dynamique et non sectaire. Il était à l’époque à l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire) mais j’ai tout de suite eu avec lui les meilleures relations possibles. J’étais l’un des seuls parlementaires de gauche à l’époque et il m’a tout de suite fait savoir que je serai invité à toutes les cérémonies, par respect républicain. J’ai ensuite voté pour Emmanuel Macron et je l’ai vu entrer au gouvernement avec Bruno Lemaire. Jean-Louis Debré, Sébastien Lecornu et Bruno Lemaire ont été des collègues avec lesquels j’avais des rapports respectueux et cordiaux.

« Côtoyer des hommes d’états»
François Loncle, je vous ai toujours cru de gauche ?
J’ai toujours tenu une ligne sociale-démocrate plus que socialiste. J’ai commencé au mouvement des Radicaux de gauche, que j’ai contribué à créer avec une quinzaine d’amis, dans les années 70. J’ai effectivement adhéré au Parti socialiste en 1982. A l’époque, j’ai côtoyé des hommes d’Etat comme Pierre Mauroy, François Mitterrand, Michel Rocard, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy. Ce n’est plus le cas avec Olivier Faure et Boris Vallaud.

Pardon? C’est quoi ce petit pic ?
C’est plus que ça ! Je suis consterné par l’état du PS. Ce parti a perdu, depuis 2017, un nombre considérable d’adhérents. Résultat des courses : Mme Hidalgo obtient 1,7% à la Présidentielle de 2022.
Valérie Pécresse n’a pas fait mieux à Droite …
Oui, mais elle est une bonne présidente de la Région Ile-de-France tandis que Madame Hidalgo est une calamité pour Paris. C’est le déclin des deux partis que l’on disait de gouvernement.
Où vous situez-vous ?
Je reste fidèle à Emmanuel Macron, un homme dont l’intelligence et la puissance de travail sont respectés en Europe et dans le monde. Il mène une politique internationale avec courage et détermination, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou du conflit israélo-palestinien. J’ai soutenu la reconnaissance de la Palestine par la France. En 2014, j’avais fait voter par le Parlement une résolution qui allait dans ce sens.
« Je suis pour la justice fiscale »
Parlons de cette taxe Zucman, qui alimente les débats en ce moment même, dans l’hémicycle ?
Zucman est intellectuellement et économiquement malhonnête. Notre nouveau prix Nobel de l’économie ne dit pas autrement. Je constate que nous sommes le pays le plus imposé et le plus taxé de l’Union Européenne, à égalité avec le Danemark. C’est une réalité. Or, le Parti socialiste en particulier, et toute la gauche, sont obsédés par la fiscalité. Je suis pour la justice fiscale. J’étais heureux que François Mitterand propose dès son arrivée l’impôt sur la fortune en exonérant l’outil de travail. La taxe Zucman, c’est tout le contraire, elle vise en réalité l’emploi et l’investissement.

« C’est une caricature »
Cela part d’une bonne intention : il veut prendre aux riches pour rendre aux pauvres. Zecman, c’est une sorte de Robin des Bois du XXIe siècle?
C’est ridicule. C’est une caricature et je suis contre les caricatures en politique. La réalité est que la France a les taux d’imposition les plus forts et les classes moyennes sont les premières victimes de tout cela. Il faut économiser et surtout ne pas imposer davantage.
« C’est du délire fiscal »
Pour le Parti socialiste la défend-t-il alors ?
C’est du délire fiscal. Olivier Faure, Boris Vallaud comme François Hollande, sont des obsédés fiscaux. Les députés qui se livrent à un chantage permanent risquent d’être les premières victimes de la dissolution. Boris Vallaud le premier.
On va tout droit à la dissolution vous pensez ?
Non. A moins de quatre mois des municipales et à 500 jours de la présidentielle, ce serait de la folie !

Vendredi 31 octobre en fin d’après-midi, les députés ont rejeté, avec 228 voix, les amendements de la gauche dans son ensemble pour instaurer la taxe Zucman.172 députés seulement ont voté en faveur de cette taxe et de sa version allégée.


