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François Ozon fait de son « L’étranger » un morceau de bravoure en noir et blanc

« L’étranger », le nouveau film de François Ozon, touche à la grace de sa part l’imprétation de ses interprètes. Poignant.

Au XXIe siècle, le noir et blanc reste l’apanage de ceux qui ne savent pas faire de’ la couleur. Cela, François Ozon l’a bien compris. Pour mieux restituer la sale ambiance de la France coloniale entre les deux guerres, il a choisi ce procéder pour son dernier film. Une gageure : l’adaptation de “L’étranger” de Jean-Paul Sarthe, personnage par ailleurs lui-même assez austère et le plus souvent représenté en noir et blanc.

L'étranger, un grand film

Un premier essai, pas vu, a été fait en 1967 par Visconti, avec Anna Karina et Marcello Mastrioanni, alors en pleine gloire, et même Bernard Blier.

Un voyage dans un Alger reconstitué

Ceci étant dit, parole à François Ozon, réalisateur chouchou du cinéma français. Le voyage proposé dans un Alger reconstitué (le film a été tourné à Tanger, aux confins de la méditerranée) va à coup sûr marquer les esprits.

La force du texte

Par la force du texte original de « L’étranger » évidement, le premier roman édité d’Albert Camus. Un morceau de bravoure apathique dont on ne sort toujours pas indemne. Par la prestation impeccable de ses deux comédiens principaux. Citons la performance de Benjamin Voisin, omniprésent et celle surprenante, de Pierre Lotin, à miulle lieux des Tuche. Leur héroïne Rebecca Marder (Marie Cardonna dans le film) est, sublime.

Killing an Arab 

Benjamin Voisin, sur la plage.

Par celle non moins remarquable de « l’arabe ». « Killing an Arab » chante, enfin, Robert Smith avec The Cure, dans le générique final. Le roman a marqué le jeune Robert mais il n’y a guère qu’au cinéma que l’on entend aujourd’hui cette chanson totem dans sa version originale, son auteur la chante en effet désormais, sans doute pour éviter les emmerdes, en remplaçant le mot Arabe par “Another” ou “Stranger”, c’est selon l’humeur.

Alors que dire de plus ? Que le propos est toujours actuel, qu’il y a toujours des dominants et des dominés, que l’on vit mieux en étant dominant …

Injustice

Bref, on sort, après plus de deux heures, évidemment meurtrit (et pas Meursault), par tant d’injustice !

« L’étranger » a été présenté avec succès en avant-première à L’Omnia de Rouen. A entendre les applaussisements fournis du public (une grande salle plein comme un oeuf) ce jour-là, on imagine que le film va faire un carton.

En salles ç partir du 29 octobre 2025

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.