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La différence selon Lola Doillon

Jehnny Beth est l’actrice principale du film “Différente” de Lola Doillon. Samedi 29 novembre dernier, cette dernière était à Rouen à l’occasion d’une projection spéciale “Ciné Relax” autour de l’autisme. Interview de Lola Doillon.

Lola Doillon
Lola Doillon, samedi 29 novembre à l’Omnia à Rouen.

Lola Doillon, en quoi ce film est-il différent ?

Peut-être parce qu’il parle d’une personne qui découvre sa différence tardivement, trop tardivement, je pense. Le film explore ce que ça va changer pour cette personne, ce que ça va changer pour son entourage. Voilà, je pense que c’est pour ça que c’est différent mais après, je ne me rends pas compte.

« Pas un feeling, une condition »

Est-ce que, quelque part, on n’est pas tous un peu autistes ?

Non. Soit on est autiste, soit on ne l’est pas. Être un autiste, c’est une condition neurodéveloppementale. On peut avoir des atypies, on peut se sentir différent. On est sûrement très nombreux à pouvoir se sentir différent, à avoir des sensibilités, à ne pas forcément se sentir normé dans le sens où il faut rentrer dans les conditions normées d’une société. Mais l’autisme, c’est l’autisme, pas un feeling, une condition.

Jehnny Beth actrice

Pourquoi vous avez choisi Jehnny Beth, pour ce rôle ?

Je l’ai choisie parce que non seulement c’est une super actrice mais parce qu’elle est particulière, elle est singulière. Ce qui m’intéressait, c’était de partir d’elle, de ce qu’elle était, de ses singularités, pour créer un personnage atypique.

Est-ce que elle, justement, n’est pas un peu autiste ?

Du tout. Elle se démultiplie dans les activités. Elle aime changer de personnage de scène. Quand elle est actrice, elle est plusieurs personnages. Chanteuse sur scène, elle a son personnage de rockeuse. Mais non, elle n’est pas autiste, elle est singulière.

Comment vous l’avez découverte ?

En faisant un casting. On ne se connaissait pas. Moi, en fait, je l’avais vue, mais je me souviens pas. Après, j’ai compris que c’était elle que j’avais vue dans des films, mais sinon, non, je l’ai découverte au casting.

Et en musique, vous ne l’aviez jamais vue avec son groupe “Savages” ou en solo ?

Non mais je l’ai vue depuis à la Maroquinerie, il y a trois semaines. Elle est incroyable. C’est une bête de scène.

Faire connaître l’autisme

Pourquoi avoir eu envie de parler de l’autisme d’une manière aussi frontale ?

Parce que je connaissais rien, que j’ai découvert. J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas. Le film parle de l’autisme, mais c’est aussi sur la différence. Il faudrait que tout le monde puisse connaître. C’est nécessaire, je pense, pour tout le monde, c’est nécessaire en tant que citoyen, en tant que personne, de connaître, d’apprendre, d’apprendre sur la différence et de pouvoir être en contact alors qu’on est très peu à connaître à part les gens concernés. Sinon, l’autisme on ne connaît pas.

« Il faut montrer la différence »

C’est peut-être un problème générationnel. Les nouvelles générations n’ont pas grandi avec “Rainman”, ce film avec Tom Cruise et Dustin Hoffman ?

Il s’agit d’une représentation des personnes autistes. On a des centaines de milliers de cas, des millions, et tout d’un coup, on a une représentation. C’est un problème car il y a quelques représentations, mais il n’y en a pas suffisamment. On stigmatise les personnes autistes à “Rainman”, à un autre rôle ou à quelques rôles. C’est comme si on stigmatisait tout le monde à travers quelques personnages de fiction. Il en manque, il en faut. Il faut montrer la différence, montrer le spectre, mais ce spectre est tellement large.

Dans l’après-midi, dans le cadre d’un Ciné-Relax, à l’Omnia de Rouen, la projection était suivie d’un débat autour de l’autisme, plus particulièrement l’autisme féminin. Plusieurs intervenants ont participé à cette discussion, des personnes porteuses du spectre autistique, des spécialistes et des soignants.

Pour en savoir plus : Elisabeth Alazard – Schneider – APAJH 76

Le DVD “Différente” de Lola Doillon avec Jehnny Beth, Thibaut Evrard, Mireille Perrier est disponible chez Blaq Out.

En bonus : un entretien avec la cinéaste Lola Doillon (25 min)

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.