Le nouveau film d’Agnès Jaoui, « L’objet du délit », navigue avec brio à contrecourant de la vague #metoo ambiante. Un film salutaire.

Est-il possible à l’heure du post #metoo triomphant de retrouver, et d’assumer, des valeurs d’antan ? Agnès Jaoui le prouve avec ce film hors norme dans lequel une jeune metteuse en scène de la Gen Z, Mirabelle, tente avec plus ou moins de talent de mettre en scène l’opéra de Mozart, d’après un livret de Beaumarchais, « Les Noces de Figaro ».
Six phallus
Sa grande idée semble d’avoir voulu remplacer les colonnes du décor par des phallus géants. Ils sont six, de plus de deux mètres de haut, à trôner au milieu des personnages, comme pour donner corps à son discours.
Dénoncer les inégalités entre les genres
Déjà en son temps, « Le Mariage de Figaro » dénonçait les inégalités entre les genres et l’injustice sociale. Il est ici remis au goût du jour de la plus belle des manières.
Une atmopshère tendu
L’action se déroule à quelques jours de la première représentation. L’atmosphère est un brin un tendue car Mirabelle semble dépassée par les événements. Du coup, tout prête à rire d’un humour grinçant. Il faut le dire, elle doit s’accommoder des états d’âmes d’Hannah (Agnès Jaoui), une chanteuse lyrique renommée et de son alter ego masculin, le comte Almaviva (Vincentzo Amatao).
Mirabelle s’excuse
Dépassée par les événements, elle passe son temps à s’excuser. Ce qui mets toute la petite troupe, y compris les techniciens, et même Igor (Daniel Auteuil), le chef d’orchestre, dans l’embarras.
Mais ne nous y trompons pas, le film sort sans cesse des sentiers battus et multiplie les gags en appuyant là où cela fait mal. Bien plus qu’un film sur les coulisses d’un opéra, « L’objet du délit » est un film sur les coulisses de notre époque.
Une mise en scène virtuose
Alors dans cette ambiance bien plombée, Cora (Eye Haïdara) met le feu aux poudres en se faisant le porte-voix de Suzanne, (Tiphaine Daviot), trop timide pour dénoncer l’agression sexuelle, incontestable, dont elle a été victime. Cette main posée sur un sein pendant une répétition suffit à faire éclater le scandale, le vieux monde se confronte au nouveau dans une mise en scène virtuose.
Un jeu de massacre
Avec des choix de mise en scène sans équivoque (comme de prendre une actrice noire pour jouer le rôle de la cantatrice Chérubin, Cora donc), Agnès Jaoui fait mieux que des défoncer les portes, elle les laisse grandes ouvertes. Aussi à l’aise devant la caméra que derrière, elle vient de signer un grand film, par ailleurs dédié à Jean-Pierre Bacri. L’acteur aujourd’hui décédé aurait sans doute jubilé à participer à un tel jeu de massacre dans la bien-pensance ambiante.
Note : 9 /10


