×

Muganga-Celui qui soigne.

Dans un pays livré aux milices armées, l’appât du gain domine, les femmes ne sont que peu de choses et le viol, voire la mutilation, est une arme de guerre comme les autres. Muganga-Celui qui soigne » rend hommage à un pasteur Prix Nobel de la Paix. Le film est à pleurer.

Denis Mukwege est pasteur et gynécologue en République Démocratique du Congo. Engagé dans son pays, au-delà de son travail, pour la cause des femmes, il n’a de cesse, souvent au mépris de toutes considérations religieuses, de venir en aide à toutes à toutes les victimes de violences sexuelles. Et elles sont nombreuses tant cela pourrait presque apparaître comme une coutume locale. Bientôt, un chirurgien belge, Guy-Bernard Cadière, est séduit par le discours du pasteur Mukwege et décide de l’aider dans sa tâche.

Isaach de Bankolé, Valois du Meilleur acteur

Dans ce film particulièrement fort et réussi, Marie-Hélène Roux, la réalisatrice et scénriste, met en exergue l’action des médecins, plus particulièrement celle de Denis Mukwege, joué avec justesse par Isaach de Bankolé. Il a d’ailleurs reçu en août dernier au festival d’Angoulême le Valois du meilleur acteur pour son interprétation.

Marie-Hélène Roux
Projection du film Muganga – Celui soigne Vendredi 29 aout 2025 Le Franquin Festival du Film Francophone d’AngoulËme

L’équipe était, il faut dire, venue là avec des prétentions. Et ils étaient nombreux sur scène à l’issue des projections, dans des salles toujours très bien garnies. Le vendredi 29 août par exemple, la réalisatrice Marie-Hélène Roux, était particulièrement ravie par l’accueil réservé à son film. Le bouche-à-oreille avait particulièrement bien fonctionné parmi les festivaliers, de plus en plus nombreux à découvrir Angoulême autrement qu’à travers la bande-dessinée. Sur scène à l’issue de la projection pour livrer quelques clés de compréhension, elle a rappellé son engagement pour réaliser ce film qui lui doit beaucoup : elle a quand même dédié 10 ans de sa vie pour mener à bien ce témoignage des atrocités de la guerre en Afrique centrale. Et surtout des conséquences des viols en série.

Le quotidien dans l’hôpital de Panzi

Concrètement, tout est parti d’un livre, « Panzi », écrit par les deux personnages centraux du livre, à savoir les deux médecins. Il livre raconte le quotidien dans l’hôpital de Panzi, là où sont soignées les femmes traumatisées, victimes d’un viol, voire mutilées, par des soldats sans foi, ni loi. Elles sont ainsi des milliers, le plus souvent victimes de viols et de tortures en tous genres uniquement motivées par l’appât du gain.

Ici, au Rwanda, en République Démocratique du Congo aussi, l’abondance des ressources naturelles autorise tous les outrages. Et depuis 1994 et le génocide rwandais (800 000 morts, ce n’est pas rien), le viol est devenu une arme de guerre presque banalisée. Les deux guerres du Congo, en 1996 et 2003, n’y changeront rien, le pays reste toujours sous l’emprise d’une véritable incandescence militaire. L’élection de Joseph Kabila n’a rien changé non plus. Milices et gangs armés sèment toujours la terreur en République Démocratique du Congo.

Le traumatisme du viol

A Angoulême, l’équipe du film distribuait des petits pansements « très symboliques » en signe de reconnaissance. Un lobbying actif pour défendre une cause, celle des femmes maltraitées, et le mot est faible, en Afrique noire. Des femmes à reconstruire dans leur totalité tant le traumatisme du viol ou des mutilations est ignoble.

En 2025, malgré un sous-sol contenant 80% du cobalt et du coltan mondial, cela sert à faire marcher les téléphones portables, la République Démocratique du Congo reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

Des petits pansements pour soutenir le film
Distribution de pansements après la projection du film « Muganga – Celui soigne » Vendredi 29 aout 2025 au Festival du Film Francophone d’Angoulême

Trois Valois au total

Logiquement, le film a fait une petite razzia sur les Valois, les récompenses du festival du Film Francophone d’Angoulême. Issac de Bankolé a obtenu le Valois du meilleur acteur et le film a également été récompensé par Valois du public et par le Valois des étudiants francophones.

Une belle rampe de lancement pour un film hommage à un homme a reçu en 2018 le prix Nobel de la Paix.

Le film sort en salle le mercredi 24 septembre 2025

Pour en savoir plus : https://panzifoundation.org/fr/dr-denis-mukwege/

En photos, les images de la projection, vendredi 29 août 2025 à Angoulême :

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.