Le cinéma rouennais Omnia République faisait ce samedi 6 septembre 2025 sa rentrée en grandes pompes. A l’affiche, Sirāt, le dernier film d’Olivier Laxe avec l’acteur Sergi Lopez, une claque cinématographique, embarqué avec des Teufeurs apocalyptiques.
Ambiance rave party dans le désert, quasi Mad-Max version Fury Road, pour la grande soirée de rentrée de l’Omnia République. Sirāt, le dernier film d’Olivier Laxe ne ressemble à rien de ce qui existe actuellement sur les écrans. Il a reçu le Prix du Jury lors du dernier festival de Cannes. Et être primé, ce film de fin du monde le valait bien tant il est captivant.

Du gros son dans l’Atlas
Le metteur en scène nous emmène dans les montagnes du Sud du Maroc, on dirait bien l’Atlas, des paysages chers au groupe rouennais La Maison Tellier. Là, des camions déversent des kilowatts de sons techno. Nous sommes en pleine rave-party et Sergi Lopez, Louis, est venu ici chercher sa fille. Elle sera, il pense, heureuse de le voir, lui et son petit frère.
Mais comment retrouver dans le monde interlope et déglingué des Teufteufs une jeune femme libre de ses actes ?
Avec les Teufeurs
Il va donc intégrer un groupe de Teufeurs et découvrir avec lui, de sound-system en sound-system, un monde parallèle, autonome en déconnection totale avec les réalités occidentales mais abîmé par de nombreuses guerres de territoires toujours pas réglées. D’ailleurs, mythe ou réalité, le petit convoi n’aura de cesse d’éviter dans les lacets montagneux les convois militaires, le tout porté par une bande-son passant allégrement de la techno à l’ambiant spatiale.

Un film choc choisi avec justesse par le programmateur Jean-Marc Delacruz, l’un des deux têtes de l’hydre qui porte le cinéma Art&essai rouennais récompensé au printemps dernier par la note suprême de 20 sur 20 par le CNC (Centre National du Cinéma).
Cerise sur le gâteau, l’acteur Sergi Lopez était bien là, ce samedi soir, dès le début de la projection, pour répondre aux nombreuses questions des spectateurs de l’Omnia, des cinéphiles avertis.
Un voyage un peu plus mystique
« C’est un film qui vous a embarqué dans une aventure que vous n’avez peut-être l’habitude voir au cinéma, » indique Jean-Marc Delacruz, le programmateur de la salle, le directeur d’Omnia Rouen. Il est le premier à interroger un Sergi Lopez tout sourire face au public. Celui-ci se confie sans ambages avec un accent hispanique très prononcé. « On ne se connaissait pas personnellement avec Olivier Laxe, j’avais vu son précédent film. Il m’a envoyé le scénario et je l’ai lu. Au début le film partait dans un endroit, et après il se passe un truc. Cela change complétement le film et en fait cela m’a énervé. J’ai été choqué car cela partait dans un voyage un peu plus mystique. Moi, j’ai la chance de pouvoir et tu rêves de trouver des choses qui ne ressemblent à rien. J’adore.»
En Espagne et au Maroc
Le film a été tourné en sept semaines en Espagne et au Maroc. Les paysages sont majestueux et se prêtent bien à l’intrigue, portée par des murs enceintes monstres dans le monde des rave-party, un monde constitué selon Sergi Lopez et la bien-pensance généralisée « de gens qui se droguent et qui dansent, donc des immatures. »
Dans le monde des Teufeurs
« Ce film m’a permis de découvrir un monde très bien organisé, avec des positions politiques très radicales, à la marge, avec beaucoup de conscience féministe, écologiste. »

Des propos confirmé par Jean-Marc Delacruz. Le programmateur en rajoute, s’interrogeant sur « ce voyage incroyable à travers le désert avec des acteurs, mais aussi des Teufeurs ». « Olivier Laxe nous a permis de nous connaître, il nous a invité chez lui en Galice, explique Sergi Lopez. On a partagé beaucoup de moments. Je leur ai par exemple dit que s’il avait peur de jouer, et bien moi aussi ! »
Chacun a ses trucs, ses amputations
Interprétés par des acteurs non professionnels, déglingués par la vie, mutilés pour certains, certains personnages du film crèvent l’écran notamment par l’humanité qu’ils dégagent. « On se promène tous avec des blessures et des cicatrices, poursuit Sergi Lopez. Il manque un pied à l’un, une main à l’autre. Moi, il me manque ma fille. On se promène tous avec ses blessures. L’un des Teufeurs a passé le casting avec sa main, il n’a l’avait plus au moment du tournage : il avait participé au mouvement des Gilets Jaunes et avait voulu renvoyer une grenade. (…) Quand tu es avec quelqu’un que tu ne connais pas au début tu as peur mais au bout de 5 minutes tu discutes. A chacun a ses trucs, ses amputations.»
Des gens complétement libres
Le résultat claque à la figure du spectateur et dégage une ambiance de réalité postapocalyptique particulièrement bien sentie. Le film danse sur les ruines d’une société ultra-libéraliste en perdition et militarisée à outrance. Dans le même temps, il met en scène pour Jean-Marc Delacruz, « des gens complétement libres ».
Enorme succès en Espagne avec plus de 400 000 entrées en salle, le film Sirât est sorti en France le 12 septembre 2025.
28 rue de la République à Rouen. Rens : 02 35 07 82 70. Email : omnia.rouen@yahoo.com
Texte et photos : Patrick Auffret


