×

51E Festival du Cinéma Américain de Deauville. Pamela Anderson entre fragilité et humilité

Deauville, c’était un peu Lalaland vendredi 5 septembre lors de la soirée d’ouverture. Personnalités et stars ont pris la pose sur le tapis rouge de la côte fleurie. Sur scène, la danseuse étoile de l’opéra de Paris Marie-Agnès Gillot a livré une prestation de haute tenue avant de laisser la place à la star de la soirée, Pamela Anderson. La star a rendu un vibrant hommage à la station balnéaire française. Elle s’est surtout beaucoup livrée sur elle-même.

« Ce que j’aime dans cette ville, c’est qu’elle n’a jamais perdu son charme élégant. Plus elle prend de l’âge, plus elle devient belle et unique. »

Le lendemain, l’une des plus fameuses représentantes de celle-ci, la belle et rebelle Kim Novak, sera d’ailleurs elle aussi sur la scène du C.I.D. Le concours de blondes peut commencer.

Hommage aux blondes

Ce vendredi soir, Pamela Anderson est toute en émotion. Fragile presque, attentive aux demandes. Elle va, dans quelques instants, être honorée par un Talent Award. Surprenant pour une star venant de la télévision ! « Je suis très émue d’être celle qui se tient devant vous ce soir, pour recevoir le « Talent Award » dans ce festival de Deauville, à la fois prestigieux, glamour et chargé d’histoire. (…) Être parmi cette communauté du cinéma que j’aime tant est une expérience généreuse et inoubliable. »

Un regard bleu délavé

D’humeur mutine malgré la candeur de son regard bleu délavé, Pamela n’hésite pas à aller plus loin et même à faire quelques confidences au public trié sur le volet de cette cérémonie d’ouverture. « J’ai toujours gardé des secrets. Mon amour secret du cinéma, de la littérature classique et de la musique, l’amour et la nécessité de créer et d’incarner des personnages. Je réalise que je l’ai fait toute ma vie, sinon devant une caméra, alors comme un mécanisme de survie. C’était une couche de protection. Mais cela nourrissait aussi le monstre. »

Lunette à monture noire sur les yeux, la superstar canadienne d’origine poursuit toujours avec émotion contenu. « Je comprends aujourd’hui la chance que j’ai et je suis reconnaissante de faire partie de la culture populaire. C’est une bénédiction… et peut-être aussi un peu une malédiction. Cela fragilise parfois le but qu’on poursuit, cette aura soigneusement entretenue, inestimable pour un acteur de cinéma. Il m’était important, à ce moment de ma vie, de bousculer les choses, de tordre les perceptions, afin de pouvoir, encore et encore, peindre sur une toile blanche à chaque nouvelle aventure. Je ne prends pas cela à la légère ; je ne me prête pas et ne me prêterai jamais à des coups de communication qui seraient une sentence de mort. Ce qui me guide est authentique. »

Et l’amour dans tout ça ?

« Je suis superstitieuse en amour. Je ne suis pas à l’aise à l’idée de partager le moindre fragment de ma vie romantique, car, comme vous l’avez sûrement constaté, elle est aussitôt disséquée puis détruite en quelques jours, semaines ou mois, dans une culture médiatique prompte à juger et à ruiner. Or l’amour, quelle que soit sa forme ou sa durée, est innocent : il demande du temps. Et l’amour appartient à ceux qui s’aiment. Je sais que je tomberai encore et encore amoureuse à l’écran : c’est mon métier. Et si nous le faisons bien, vous le ressentirez — une sorte de projection. C’est le plus beau des compliments. Alors, je vous en prie, pensez positivement. J’apprécie vos encouragements. Je ne joue à aucun jeu, je suis sincère. Ne confondez pas ma gentillesse avec de la faiblesse, ni mon audace avec de l’amertume. »

Difficile alors de ne penser à sa présumer relation avec à Liam Neeson, acteur avec qui elle partage de l’affiche du film Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?

Envie d’Herzog

Sans avoir à interroger celle-ci sur le sujet, la réponse semble claire. Pamela Anderson la livre elle-même de l’estrade tout en lançant un appel du pied à … Werner Herzog. Tourner avec le metteur en scène, aujourd’hui octogénaire d’Aguirre ou la colère de Dieu aurait effectivement nettement plus de gueule que refaire un énième Y-t-il … « Il m’arrive parfois de regarder en arrière et de voir quelques faux pas flagrants qui ont marqué ma carrière. Je me souviens d’un moment où j’étais vraiment dans le viseur de Werner Herzog ! Il avait un projet pour moi. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais le film s’est effondré… comme cela est souvent arrivé, dans ce que j’aime appeler « les années floues ». Eh bien, Werner, où que vous soyez… je suis prête à plonger dans le grand bain, avec vous et pour vous. Ce serait un honneur et un privilège. »

Laisser un héritage honnête

« Je suis sur ce chemin non pas pour l’argent ni pour la gloire, mais pour découvrir de quoi je suis faite : dans la vérité, dans le travail acharné, et pour laisser derrière moi un héritage honnête dont ma famille pourra être fière. Je ne suis pas une statistique. J’ai dû apprendre à la dure. Je suis curieuse, en quête perpétuelle, une artiste. Je sais intimement ce que cela fait d’être sous-estimée, dévalorisée, humiliée même publiquement. Et malgré tout, d’être encore aimée, soutenue. »

Transformer mes épreuves en engrais

« Et cela ne me quitte jamais : je vous suis reconnaissante avec magie, grâce et dignité. J’ai appris à transformer mes épreuves en engrais. J’ai planté un nouveau jardin, et aujourd’hui, c’est le temps de la récolte. À la jeune fille courageuse qui prit l’avion pour Los Angeles pour la première fois, naïve, sans carte pour se repérer : tu as sans doute fait beaucoup de ce que certains appelleraient des “erreurs”. Mais ce n’était pas pour rien, c’était de la recherche. Et en tant que femme adulte, je compte bien l’utiliser. Ces dernières années en sont la preuve : quand les choses doivent arriver, elles arrivent. »

De nombreux tournages à venir

«  Je suis déjà en pleine préproduction de mes trois prochains films : Love is not the answer de Michael Cera, Queen of the Falls de Rania Attieh et Daniel Garcia, et Alma de Sally Potter. Je tiens à remercier tous ces réalisateurs et toutes ces réalisatrices pour la confiance qu’ils m’accordent, moi qui ai appris à aimer un critère essentiel : toutes ces œuvres sont des histoires tendres et magnifiques, où j’ai la chance d’incarner des personnages humains très différents, imparfaits, jamais exploités ni superficiels. Chacune porte en elle sa propre espérance. Je ne m’intéresse qu’aux récits de beauté véritable, d’amours bruts et imparfaits, et à la joie de surmonter les épreuves grâce à l’humour et à la musique. Il y a déjà assez d’ombre dans le monde. Une belle fragilité rayonne : la vulnérabilité est une forme de crédibilité. Grandir, en traversant la souffrance et les échecs… c’est cela qu’il faut célébrer. »

La soirée s’est terminée sous haute sécurité au restaurant Ciro’s pour un dîner exclusif réunissant talents, jurys, officiels, partenaires et médias. Pas sûr que Pamela soit restée.

Texte : Patrick Auffret

Photos : Ann Pierce

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.