Inspectrice chez les bœufs-carottes, la police des polices, l’IGPN quoi, l’Inspection Générale de la Police Nationale, Stéphanie, une ancienne des stups aujourd’hui séparée, a dédié sa vie à son métier. Lorsqu’elle reçoit entre ses mains le dossier de 5 collègues mis en cause dans une histoire de violences policières durant les Gilets jaunes, ses certitudes vont vaciller, mais elle ira jusqu’au bout de sa démarche, quitte à subir les foudres de sa profession.
Dans son nouveau film, le multirécompensé Dominik Moll, un ponte du cinéma français, s’attaque à un sujet toujours incandescent, celui des blessés pendant les grandes manifestations de 2018. Rappelez-vous, pendant près d’une année, les forces de l’ordre, dirigées d’une main de fer par Gérald Darmanin, ont chaque samedi vécu l’enfer face à la grogne populaire portée par lene fiction ? Gilets jaunes. Et on finit par faire un carnage à grands coups de tirs de flashball et de coups de matraques.
Une fiction bien réelle
Cette réalité, sordide mais bien réelle, Dominik Moll la remet au goût du jour avec ce film vérité, même s’il le dit, « tout ceci n’est que fiction ». Enfin, l’histoire ici contée, pas les images d’archives diffusées en ouverture de ces deux heures en immersion dans le cerveau de Stéphanie Martin.
La grande colère nationale
Ce jour-là, pour les Gilard et leurs amis, cela partait plutôt bien. Tous avaient embarqué dans la voiture de Joëlle Girard, une soignante à domicile. Ils quittaient Saint-Dizier pour la première fois et montaient à la capitale pour, juste, apporter leur pierre à la grande colère nationale, celle des Gilets jaunes. La simple manifestation d’un ras-le-bol
Oh, pas pour casser du flic, ni piller des magasins, non juste pour en être, eux qui subissent chaque jour la baisse de leur pouvoir d’achat alors que leur ville, « quand même pas un village » dira même Léa Drucker dans le film, se vide, perd peu à peu de ses commerces, de ses usines et de ses habitants.
La France d’aujourd’hui, tout est dit.
Joe Dassin sur la colline

Et sur le bureau de Léa Drucker, Stéphanie Martin, l’inspectrice, un dossier chaud, celui porté par la plaine de Mme Gilard, désespérée d’avoir perdu un fils qui encore ce matin chantait à tue-tête avec ses amis la chanson de Joe Dassin » Siffler sur la colline ». Histoire de tout bien mettre en perspective, on rappelle juste le bilan du mouvement des Gilets jaunes : 11 morts, 25 800 civils blessés, près de 2000 policiers et gendarmes blessés pour 12 000 interpellations, 3100 condamnations et environ 400 peines de prison.
Les violences policières en question
Présent mardi soir à l’Omnia à l’issue de la projection du film, un film qui a su garder la distance nécessaire à un traitement impartial du sujet à travers le regard d’une justesse folle de Léa Drucker, Dominik Moll, après avoir livré quelques clés de production, ne pouvait que porter un regard incisif sur l’action d’un gouvernement alors, selon lui, en perdition totale. » Il y a en France un discours guerrier relayé par Macron. Le Covid, c’est la guerre. Il y a une stigmatisation de la guerre et des manifestants, tous des ennemis de la République. On a beaucoup entendu ce discours et les policiers qui font du maintien de l’ordre, on en parle. «
Macron pointé du doigt
Cette légitimation de la violence ne justifie pourtant pas du tout. » Il y a des policiers qui ont un problème avec la violence, c’est clair, mais ils sont systématiquement couverts (…) Cela m’a fait bondit lorsque Macron a dit qu’il trouvait inadmissible de parler de violences policières dans un état de droit. Alors que s’il y a bien un endroit où l’on peut en parler, c’est dans un état de droit. Il ne s’agit pas de dire ACAB, tous les policiers sont des bâtards, mais il faut nommer les choses. (…) Les politiques doivent imposer la déontologie »
Un grand coup d’éponge
Et après il y a bien sûr eu le Covid. » Finalement, c’est comme si on avait passé un grand coup d’éponge alors que la fracture sociale reste présente. Il nous a paru important de remettre le spectateur dans le contexte à travers des photos du mouvement. Il y en 70 pour montrer comment cette situation était chaotique. «

Film choc sur un sujet tabou, Dossier 137 fera à coup sûr bien des vagues lors de sa sortie prévue le 19 novembre prochain. Ne serait-ce que pour cette plongée dans un passé pas si vieux qu’il propose. Le César du meilleur film obtenu par Dominik Moll avec « La nuit du 12 » il y a 3 ans sera un bouclier bien utile pour permettre à son auteur de défendre son oeuvre même s’il a été plutôt bien perçu dans les bureaux de l’IGPN. » Ce n’est pas un film à charge, » conclut Hervé Anguillard, directeur de l’Omnia et Monsieur loyal de la soirée.
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