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Solitaire du Figaro. Les dessous de la course

Alexis Loison (Groupe REEL) vient enfin de remporter la Solitaire du Figaro. Cela faisait 20 ans qu’il courait après ! Charlotte Yven, véritable mascotte du groupe Macif, omniprésente sur les quais de Rouen avant le départ, termine deuxième après trois étapes menées tambour-battant.

On le sait, la voile, c’est surtout une histoire de gros sous. D’où l’importance des sponsors. Ils fleurissent désormais en masse sur les coques des bateaux, et difficile d’y échapper.

La Solitaire du Figaro s’appelle désormais Paprec !!! C’est écrit en gros !

A ce peu jeu, la team MACIF est la plus performante. Le 1er assureur auto français mise gros et investit désormais massivement sur l’eau. Pour preuve, plusieurs bateaux étaient à son effigie dans le port de Rouen, la semaine avant le départ, dont celui de Charlotte Yven, véritable mascotte de la flotte, estampillée Skipper Macif depuis 2023, ce qui lui permet de vivre pleinement sa passion. « Être une femme ne change rien, »  confiait tout sourire la jeune femme à son arrivée à Rouen.

La Seine à moteur

Elle n’avait pas fait la remontée de la Seine pour permettre aux Normands d’apprécier les bateaux sur les boucles de la Seine. Pas grand intérêt pour elle puisque qu’elle s’est faite moteur allumé ! Pendant une semaine à Rouen, elle a profité de la ville et surtout bichonné son matériel sans oublier bien sûr de « beaucoup se reposer. »

« Pendant une semaine, on va dormir 9 heures par nuits et faire des sieste. Sur le bateau, ce sera 3 heures par 24 heures, et pas plus de 20 minutes à la fois. »

Un éclat de rires plus tard, Charlotte a déjà rejoint sa team. Que des garçons !

Chloé Le Bars, l’autre sourire du Figaro

Charlotte n’était la seule femme présente sur le port de Rouen. Chloé Le Bars naviguait, elle, pour une association bretonne aux couleurs de l’endométriose. « J’ai rencontré les personnes de cette association il y a deux ans, indique Chloé. J’ai trouvé la cause suffisamment importante pour la mettre ne avant car cela touche une femme sur dix. C’est un problème de santé publique. Et je me suis dit que comme c’était un circuit assez masculin, c’était assez chouette de porter les couleurs un problème de femmes dans le circuit Figaro. »

Chloé Le Bars devant son monocoque.

Originaire du Nord Finistère, Chloé Le Bars fait de la voile depuis l’âge de 7 ans et s’est passionné pour cette discipline. Elle a déjà trois transats en son actif, dont deux en Figaro.

Budget : 200 000 euros

Pour chaque saison, elle a besoin de trouver 200 000 euros ! « C’est le budget optimal pour faire de la voile d’une manière professionnelle en se rémunérant, assure Chloé. L’idée ici, c’est de tous avoir des bateaux identiques. Après on peu faire des petits ajustements … Mais nous sommes tous à armes égales. Le choix de la route reste un critère important. Après, il faut aller vite tout le temps et avoir un bateau très bien préparé en amont de la course. Les bateaux Figaro 3 datent de 2019. ».

Partie avec un objectif de Top 10, Chloé a finie 22e. Oups ! Pour continuer, il va lui falloir de nouveaux partenaires, financiers surtout. « Aujourd’hui, une femme peut être performante, pas de soucis. Il y a plus de femmes dans la course. Tout est désormais possible sur la Figaro et tout le monde s’entend plus bien. »

Départ réel au Havre

Les bateaux au Havre

Le dimanche 14 septembre dernier, après une remontée de la Seine jusqu’au Havre, les choses sérieuses ont commencé pour les marins de la Solitaire du Figaro.  A 13h, le départ a été donné et trente minutes plus tard, à 13h30, les duos engagés dans le Défi Paprec ont pris le large à leur tour, inaugurant cette première étape en double avec un classement spécifique. C’était parti pour un mois de compétition entre la France et les îles britanniques. Tout sourire sur le ponton avant le départ de Rouen, Tom Dolan, vainqueur l’an passé, espérait bien la passe de deux. « Cette semaine à Rouen, ne m’a servi à rien mais c’était obligatoire, explique le marin. C’était sympa, je suis allé courir tous les matins rive gauche, je me suis baladé dans le centre-ville.  Il y a beaucoup de voitures, c’est bien, ça m’a plût. »

Une semaine de répit appréciable quand même puisque, Tom Dolan, en a bien conscience, durant un mois, il va « mal manger, et mal dormir. »

Une course belle et cruelle

« La Solitaire, c’est l’une des plus belles, des plus difficiles, des plus cruelles courses du monde. Cette année, je ne me mets d’objectif en résultat, juste prendre du plaisir. »

Ce plaisir a un coût de plus en plus élevé. Même pour l’ancien gagnant. « Je n’ai pas de clés magiques pour trouver de l’argent. C’est souvent une histoire de bonnes rencontres. Pour être performants, il faut au moins 200 000 euros. C’est pour cela qu’il y a de plus en plus de mécénat. Cela permet à des gens de déduire de leurs impôts les sommes qu’ils donnent. Une sorte d’optimisation fiscale familiale. Mais moi, je n’ai pas de famille française… »

Vainqueur l’an passé, le navigateur a cette année finit à la 32 e place seulement une arrivée à Saint-Vaast-la-Hougue. Comme quoi une Solitaire ne fait pas l’autre.

Le grand vainqueur est cette année Alexis Loison (Groupe REEL).

https://www.lasolitaire.com/classement-2025

Charlotte Yven deuxième

Derrière lui, Charlotte Yven (Skipper Macif 2023) écrit son nom dans l’histoire pour sa 5e participation en terminant à la deuxième place, sa plus belle performance.

Hugo Cardon  (Sarth’Atlantique), sixième au général décroche également le Trophée Bénéteau des Bizuths, réservé aux nouveaux venus.

Rendez-vous l’an prochain désormais avec les marins de la Solitaire. Pas sûr que Rouen ni Le Havre soit encore désigné comme port d’attache. Dommage.

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.