Le Mouvement du Nid lutte contre la prostitution des mineurs

Le Mouvement du Nid lutte contre la prostitution des mineurs

La projection du film « Noémie dit oui » a été l’occasion d’un long débat à l’Omnia République à Rouen autour de la prostitution des mineurs.

Les organisatrices de la soirée

Le film, canadien, n’a guère eu d’échos en France. Et pourtant, « Noémie dit oui » a tout pour être, 50 ans après, un équivalent moderne à « Moi, Christiane F, droguée, prostituée ».

Une descente aux enfers

Certes, l’héroïne n’est plus la cause de la descente aux enfers d’une jeune fille. Dans le film de Geneviève Albert, l’actrice Kelly Depeault, Noémie, a, elle aussi, vécue une enfance difficile. Elle a quinze ans et une mère qui ne peut, ne veut, en assumer la charge. La jeune fille est donc confiée aux services sociaux mais elle rêve d’une vie de famille. Alors quand sa mère va partir en courant du tribunal au lieu d’accepter de la reprendre avec elle, Noémie va péter un câble et fuguer. Dehors, sa meilleure amie est trop heureuse de la retrouver. Elle se définit comme escort-girl et ne va pas tarder à convaincre de Noémie, tombée sous le charme d’un jeune de la bande, de faire comme elle.

« Noémie dit oui » a tout pour être, 50 ans après, un équivalent moderne à « Moi, Christiane F, droguée, prostituée ».
Noémie et sa meilleure amie, deux ados dans l’engrenage de la prostitution

D’abord donnée en pâture aux autres membres du gang avec la bénédiction de son nouveau petit ami, devenu son proxénète, Noémie va exploser les compteurs à l’occasion du Grand prix de Formule 1 de Montréal.

Internet en ligne de mire

Via internet, elle va multiplier les passes dans une chambre d’hôtel louée pour l’occasion. Pour la plus grande satisfaction de plus de trente clients en trois jours. Un seul refusera d’abuser de la jeune mineure.

Ce qui la fait tenir ? La promesse faite par son petit copain de partir avec elle une fois l’argent gagné.  Une promesse non tenue, évidemment.

Noémie est son petit ami proxénète

Le Mouvement du Nid anime le débat

Dans la salle, les membres de l’association rouennaise du Nid 76 ont invité Benoit Kermorgant, le coordinateur du mouvement du Nid pour l’île de France, pour évoquer la situation des mineurs en situation de prostitution.

15 000 mineurs en France actuellement

Ils seraient 15 000 mineurs en France actuellement et beaucoup sont recrutés dans le secteur de l’aide sociale à l’enfance. On parle ici de filles, mais aussi de garçons. La plupart de ces victimes ont connu l’inceste ou des violences sexuelles dans leur jeunesse. « Le film s’inspiré de récits de jeunes victimes et énormément de choses sont transposables en France, indique Benoit Kermorgant. Les jeunes sont exploités, vendus, dès l’âge de 12-13 ans, par leurs proxénètes. Ils arrivent rarement seule dans la prostitution. » De fait, les clients sont d’abord des pédo-criminels !

Benoit Kermorgant
Le coordinateur du mouvement du Nid

En France, la loi votée il y a dix ans, le 13 avril 2016, vise à protéger les mineurs et milite pour l’abolition, du « système prostituteur » mais elle n’est guère appliquée. Certes, certains clients ont suivi des stages de sensibilisation équivalents à ceux passer lorsque l’on perd ses points de permis de conduire. La situation reste sous tension même si les travailleurs sociaux sont de mieux en mieux formés.

Verbaliser les cliens

La loi de 2016 a néanmoins fait bouger un peu les lignes. Elle ne vise pas spécifiquement les mineurs. Une loi de 2002 reste le cadre sur la prostitution de mineurs. Elle interdit d’être « client » de mineurs et notifie qu’être client devait être verbalisé. Cette loi de 2002 oblige aussi à un suivi des jeunes victimes par l’Aide sociale à l’Enfance. « 1 000 verbalisations ont lieu par an, assure Benoit Kermorgant. Essentiellement dans les deux bois, Vincennes et Boulogne. La loi permet de générer un sentiment de honte. L’amende pour les clients pris en flagrant délit est fixé à 1500 euros. »

Des parcours de sortie de la prostitution

La loi de 2016 a créé en effet aussi les parcours de sortie de la prostitution pour aider les victimes à sortir du système prostitutionel, avec des aides en termes de logement, de formation, d’allocation financière dites AFIS. Elle a rajouté aussi dans le code de l’éducation l’obligation de faire au collège et au lycée des séances de prévention sur la marchandisation du corps, incluant prostitution et pornographie. Cette loi de 2016 pose donc en effet clairement l’objectif d’abolir le système prostitueur.

Parmi les problèmes recensés, il y en a un crucial : celui du passage à la majorité. A 18 ans, les jeunes se retrouvent seuls après avoir « été mis à la porte de l’aide sociale à l’enfance. » Ils sont alors souvent en difficulté d’hébergement et sans accompagnement.

Ils sont une grosse poignée en Seine-Maritime actuellement, où des parcours de sortie de la prostitution sont mis en place mais cela reste rare. Car tout dépend du préfet et des Conseils départementaux. Souvent, les moyens manquent et la situation est très différente d’un département à un autre.

A Rouen, des maraudes sont organisées pour « aller vers » les prostitués. Ils seraient plus de 70 sur les trottoirs de la ville. « On propose une aide, souligne une bénévole du mouvement Le Nid. On donne une écoute, c’est une main tendue. »

Noémie, prête à tout par changer de vie, va tomber dans la prostitution

Jacquie, Michel et les autres

« En Ile- de-France, il y a beaucoup de gamins des rues qui viennent du Maroc, » assure encore Benoit Kermorgant. Il était déjà en situation de prostitution là-bas pour certains. Ils sont aussi victime de d’autres violences, comme la mendicité forcée.

Reste une certitude : la personne en situation de prostitution « n’a jamais envie de cet acte, souligne une bénévole. Et on n’a jamais entendu quelqu’un dire faire cela par plaisir. »

Enfin, la pornographie est aussi dans l’œil du Nid. Actuellement, plusieurs procédures sont en cours. Le site Jacquie et Michel a fait déjà l’objet d’une procédure judiciaire, terminée. Mais une autre affaire, celle dite French Bukkake, est en cours et mérite d’être mentionnée. « Pornographie, cela veut dire prostitution » conclut Benoit Kermorgant.

Trois liens utiles :

Un article de Médiapart intéressant

Un podcast de FranceCulture

La page wikipedia de l’affaire

Avatar de Patrick Auffret

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années dans la presse écrite tout en se passionnant pour la photographie de concert. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en fin 2025.