«No One Is Innocent» dénonce toujours les aberrations du système

«No One Is Innocent» dénonce toujours les aberrations du système

«No One Is Innocent» milite depuis 30 ans pour un monde plus juste et plus égalitaire. Le groupe s’apprête à tourner la page mais n’a rien perdu de sa verve. Rencontre avec Kemar, son leader charismatique et historique, à quelques jours d’un concert événement prévu le 21 mai à la Traverse, à Cléon.

Le groupe No one Is Innocent
Kemar, au centre, est le leader du groupe «No one is innocent»

Rendez-vous est pris devant l’église des Batignolles, à Paris. Kemar, le leader de «No One Is Innocent», groupe phare des années 90, n’a guère changé avec les années, contrairement à son groupe en perpétuel reconstruction. Autour de lui et du fidèle Trambert à la basse, trois autres musiciens ont intégré le line-up pour la nouvelle, et peut-être dernière, tournée. Il y a Mathys à la batterie, Fred, de retour à la guitare – il avait déjà joué sur l’album « Propaganda »-, et Marceau à la seconde guitare. Un changement de line-up obligé, trois musiciens ayant décidé de jeter l’éponge.

« On arrête les albums »

Kemar et son groupe n’ont pourtant pas arrêté de tourner pour autant et ont même sorti un best-of en 2024, « Colères », avec deux nouveaux titres, mais toujours pas de nouvel album en vue même si un nouveau single, le dévastateur « Folamour », vient d’être mis en ligne. « On arrête les albums, confie Kemar. Cela me fatigue trop d’écrire des albums. Moi, j’ai juste envie de dépenser de l’énergie pour écrire des bons titres. Et de les balancer une fois qu’ils sont prêts. Je suis aussi un peu refroidi par rapport à la façon dont cela se passe aujourd’hui. Même un groupe comme « No One », qui n’a pas la longue de sa poche, devient dépendant des réseaux, des algorithmes, des censures. »

«Folamour» dézingue Trump et Poutine

Le nouveau morceau dont parle Kemar, «Folamour», a en fait été écrit il y a deux ans. Il prend aujourd’hui tout son sens. « Ce titre, c’est un exercice de style. Parce que si tu veux écrire sur ces mecs-là (Ndr : Trump et Poutine), tu dois faire un exercice de style. Pour «Folamour», je me suis demandé comment parler de ces deux oiseaux-là. Ils sont en train de polluer le monde. J’ai décidé d’écrire une histoire d’amour entre Poutine et Trump. »

Un cynisme assumé

Si les noms de Donald Trump et de Vladimir Poutine font partie intégrante du propos, Kemar garde ses distances. « A aucun moment donné dans ce texte, je ne parle de Poutine ou de Trump mais leurs noms sont inscrits dans la vidéo. Pour pouvoir parler de ces deux mecs-là, il faut trouver un angle. Je l’ai raconté de telle façon qu’il y ait quelque chose d’extrêmement cynique, d’extrêmement décalé. »

Une angoisse : l’album de trop

« Folamour », titre coup de poing, suffit à remettre « No one is innocent » sur le devant de la scène mais pas forcément pour longtemps encore. «On va bientôt lever le pied, alors j’ai dit à mes potes, écrivons des bons titres, prenons du temps pour écrire des bons titres. Mais on est pas censé arrêter. Donc voilà, c’est un choix, peut-être, de fin de carrière mais « No One », ça fait quand même 30 piges, dix albums. Avec Trambert, le bassiste, on s’est dit que c’était bien de se donner une limite. Et puis moi, personnellement, ce qui m’angoisse, c’est l’album de trop.»

Sous influence Black Sabbath et Led Zeppelin

Force est de le constater, le groupe a su se frayer un chemin à part entière avec un son bien à lui, facilement reconnaissable avec ses deux guitares vrombissantes. « On n’a jamais été trop metal, ce n’est pas notre ADN. Nous, on est un groupe de rock énervé, un groupe de heavy metal. Car il y a une tendance metal quand même, bien sûr. Les réfenrences sont Black Sabbath, Led Zep, … Mais on n’a jamais tendu vers un truc metal comme on l’entend aujourd’hui.»

La différence avec les autres groupes se fait d’abord dans l’écriture des morceaux et surtout dans le choix du français dans le texte. Kemar est à la base des chansons. « Depuis que je compose avec mes nouveaux musiciens, j’ai beaucoup des textes en tête. Cela part d’une thématique, de trucs dont j’ai envie de parler. Là j’ai commencé un truc sur le harcèlement, le harcèlement virtuel, tous les dommages que cela peut faire.»

Un lien magique

Et après les textes vient la musique, là encore sous l’impulsion de Kemar. «Tout d’un coup, je donne aux musiciens une tendance de sonorité à aller chercher. On écoute des trucs, et puis à un moment donné ça matche avec la musique. Et là, c’est magique. Parce que tout d’un coup, il y a un vrai lien entre mon interprétation, et la musique jouée par le groupe. Moi, je trouve ça fabuleux.»

« Ils marchent» contre le RN

Et si Kemar pense à sa retraite musicale, il compte bien lâcher quelques scuds bien sentis avant de tirer sa révérence. Il vient de le faire avec « Folamour » et l’avait déjà fait l’an passé avec le titre « Ils marchent». « J’avais envie d’écrire sur la montée du Rassemblement national depuis plusieurs années. Et à un moment donné, je me suis dit, je vais utiliser le vocabulaire du dérèglement climatique pour parler du dérèglement politique.» Le titre « ils marchent» est présent sur la compilation « Colères », un dixième album sorti l’an dernier pour les 30 ans de carrière.

Benoît Hamon avait mis de la lumière

Pas question pour autant de s’engager politiquement. Kemar a un regard trop lucide sur le monde actuel pour se compromettre avec les partis. Certes, le groupe à joué une fois à la fête de l’humanité, il y a très longtemps mais il ne souhaite pas s’inféoder à un parti. « Je suis un observateur. Le Rassemblement National, il monte parce que les autres partis n’ont pas fait le boulot. La dernière fois que j’ai voté pour quelqu’un, où j’avais vraiment envie de voter pour lui, c’était Hamon. Benoît Hamon, ce mec avait mis de la lumière. Là, oui, je me suis réconcilié en l’espace d’un moment avec la politique.»

« Il faut avoir le pognon »

Un temps révolu. « On est arrivés à une époque où les politiques sont complètement complètement déstructurées, sans réelle conviction. Ou trop violent, comme Mélenchon. Un mec comme Hamon, justement, il était un peu à l’écart. Du coup, il n’avait pas le parti avec lui,mais il faut avoir le pognon pour faire une campagne. »

En live à la Traverse

Kemar et son groupe No One Is Innocent sont actuellement en tournée. Le groupe sera à Cléon le jeudi 21 mai 2026 salle de la Traverse. « J’adore cette salle. Ca va être un super concert. Je m’en rappelle très bien. Nous y avons déjà joué et nous avons toujours été super bien accueillis là-bas.»

Une date à ne pas louper car ce pourrait bien être de la dernière du groupe en Normandie. Ou pas.

Le site officiel du groupe

Le facebook du groupe

Avatar de Patrick Auffret

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années dans la presse écrite tout en se passionnant pour la photographie de concert. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en fin 2025.