Leur concert au Silencio en juin dernier nous avait bluffé. Du coup, on a eu envie d’en savoir plus. Sitôt dit, sitôt fait avec Klem, l’une des deux têtes pensantes de The Ninety2, le groupe qui redonne foi en l’électro.

Alors que Justice rabâche avec talent toujours la même musique et que Daft punk a, tout du moins pour le moment, raccroché, le deux frangins Aubert, Klem et Valentin, The Ninety2, bien planqués au sein du groupe Minuit ou derrière des consoles ou des instruments, mettent à leur tour la barre très haut en redonnant confiance en une musique électronique à la fois dansante et percutante. Rendez-vous est pris au Café Caumartin, derrière l’Olympia, pour une interview découverte.
Klem, vous venez de faire un concert exceptionnel en mêlant musique électronique et instruments analogiques, le tout sublimé par des voix. Quel est ce drôle de concept ?
Avec ce groupe, nous retrouvons avec mon frère Val l’énergie que nous avions lorsque nous étions ados. Nous avons toujours monté des groupes ensemble mais cette fois nous l’avons fait sérieusement. Comme un groupe d’ados qui se retrouveraient après avoir connu diverses expériences chacun de son côté. Nous avons alors voulu faire un album qui nous ressemble avec des claviers et différentes collaborations, c’est-à-dire emmener des featuring dans notre univers.

Des invités prestigieux
Tout semble pour vous naturel. Faire de la musique, travailler avec de gros producteurs, avoir des invités prestigieux ?
Avec mon frère, depuis que nous avons 12 ans on monte des groupes. A 17 ans, on est parti en Angleterre jouer avec plusieurs projets. De retour à Paris, lui s’est lancé dans une carrière de réalisateur et de producteur de musique. Moi, je me suis plus investi dans des groupes comme Minuit, avec Simone et Raoul Ringer. J’ai en plus élargi mon réseau en accompagnant des artistes à la basse. J’ai par exemple tourné avec Christophe Maé.
Rien à voir avec The Ninety2. Il n’y a pas d’intégrité artistique dans ce que vous faites ?
Si, tant que c’est assumé. Et avec Val, nous travaillons aussi beaucoup en Angleterre, notamment avec Dimitri Tikovoï. Il a travaillé comme réalisateur avec Marianne Faithfull, Placebo, Blondie, FFF, Skip The Use … Il a son studio à Londres à Porto Bello. A force de faire des disques avec lui et de faire des collaborations, nous avons aussi eu aussi envie d’inviter des gens à jouer avec nous.

Daho, -M-, Dutronc …
Tout cela vous fait vivre ?
Oui nous sommes intermittents. Et nous avons notre label, faisons de la synchro. Nous faisons aussi de l’édition. Comme producteur, nous avons bossé pour Etienne Daho, pour -M-,… Nous avons remixé Week-end à Rome et pour -M- réalisé deux titres sur Lamomali. Nous avons fait plein de trucs, travaillé avec Thomas Dutronc, Archive, Christophe Maé. Et là, nous venons de signer chez Barclay comme artistes. Nous avons eu envie de faire notre projet entre frères.
Un projet à la rock très électro et très rock ?
Nous sommes hyper-fan de Justice, Daft Punk mais aussi de tout ce qui est rock anglais. Nous avons eu envie de mixer les deux univers entre la French-touch et le rock. Nous nous sommes servis de nos collaborations en Angleterre pour les amener dans notre propre French-touch.
Vous vous êtes fait remarquer dès votre premier single ?
Oui, c’était avec un groupe punk rock londonien, Black Honey et sa chanteuse Izzy. https://www.youtube.com/watch?v=sFXXX-jH2AA&t=5s Ensuite, il y a eu le morceau avec Jessica Winter et là notre premier EP, qui reprend ce titre. Jessica, c’est une artiste pop londonienne, une geek, productrice aussi. On a adoré travailler avec elle, dans un univers geek un peu vintage. On a fait ça dans le studio de Dimitri à Londres, c’est un peu comme une batcave, un studio de rockeur, vraiment. Un lieu de passage.
Nous avons, avec Jessica, fait un morceau un peu rétro à la Donna Summer, un peu comme du Soulwax. Et comme Jessica a une voix haut perchée, un peu disco, cela passe très bien. Jessica, elle est geek et hypnotique ! Nous avons aussi Craig Walker qui chante sur « Ghost ». Nous avons cherché des collaborations atypiques.

Un titre avec Craig Walker
Le chanteur d’Archive, c’est une belle collaboration aussi ?
Oui, nous l’avions rencontré en travaillant pour un artiste. On nous a demandé de remixer leur morceau « Fuck you » d’Archive. C’est le single de l’album Noise. Ils ont adoré le remix et de là, on a commencé à écrire des morceaux. On a écrit le morceau « Ghost » avec Catty Dennis et on a demandé à Craig de le chanter.
Cela a du vous coûter très cher de travailler avec tous ces interprètes ?
Ben non, pas quand c’est des potes. Les tarifs étaient assez cool. Ce n’est pas non plus un truc de taf mais juste de compos. Un projet plaisir, pas juste un projet à but lucratif. Et puis, depuis Daft Punk, il y a un truc cool à l’international de poser avec des producteurs français !

Les deux autres morceaux ?
Il y a celui que l’on a sorti spécialement pour que Spotify le mette en avant. « Wasting Moonlight » a été écrit avec Olivia Sebastianelli, une artiste mélodiste anglaise assez électro. Le dernier porte le nom du EP, « Rollercoaster ».Là, nous faisons une musique en forme de grand huit. C’est un trip instrumental.
Un projet coup de cœur
C’est programmé pour marcher tout ça ? En plus vous êtes chez Barclay …
On ne pense pas comme cela, nous avons juste fait des collaborations qui nous inspirent. J’espère que nous sommes un projet coup de cœur de Lionel, la personne qui nous a signé chez Barclay.
Le concept de tout cela, c’est le rétrogaming ?
On aime beaucoup oui ! Tous ces jeux d’avant les années 2000 ! Avec ce groupe, nous retrouvons l’énergie que nous avions quand nous étions ados.
La suite pour vous ?
Le Mama, et puis un album. Que des compos originales, pas de remix même si nous en jouant en concert, comme le Lithium de Nirvana. Nous avons aussi une reprise de The Do, une de No Doubt.
Notons quand même, car cela apparait sur scène et pas forcément sur cet EP, The Ninety 2 est surtout déjà très connu pour ses remix. Le morceau “Lithium”, de Nirvana , est, à titre, une véritable tuerie, à entendre mais surtout à voir sur scène.
Autre singularité, last but not the least, Paul Karkbrenner, le célèbre DJ allemand a, cet été, sorti un titre intitulé … The Ninety – Two !
Hommage ou hasard ?
A n’en pas douter The Ninety2 sera l’une des grosses sensations du Mama, à Paris mi-octobre. Le groupe se produira le mercredi 15 octobre à 20h45 dans le cadre des Concerts SCPP à la Boule Noire.
The Ninety2 – Rollercoaster (Barclay -Universal)
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