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Lulu Van Trapp : Rébecca Baby agressée sexuellement lors d’un concert

Samedi 26 juillet 2025, Rébecca Baby, la chanteuse de Lulu Van Trapp, a été agressée sexuellement en plein concert ! En avril dernier, elle et ses musiciens nous avaient confiés leurs motivations. Eclairant.

Formé en 2017, le groupe Lulu Van Trapp réuni autour de Rébecca, chanteuse expansive, trois musiciens expérimentés : Maxime à la guitare et au chant, Nico, aux machines et à la batterie, et Manu à la basse. Un premier album entrainant « I’m Not Here To Save The World » a donné le ton, et permis au groupe de s’affirmer sur de nombreuses scènes en France surtout, mais aussi un peu à l’étranger. Cela les a mis en orbite pour un été 2021 explosif dans les plus grands festivals français.

Rébecca Baby a été agressée

La suite était attendue avec impatience, avec le sentiment de tenir là l’un des futurs fers de lance du rock français, au sens large. Hélas, l’album « Lovecity », sorti en 2024, n’a pas réussi, malgré ses 13 morceaux et plusieurs potentiels tubes rock en français ou en anglais, à passer la barrière du mainstream. Pire, samedi 26 juillet dernier, Rébecca Baby a été agressée sexuellement au milieu d’un concert ! En mars dernier, le quatuor parisien nous avait reçu dans son antre du XXe arrondissement de Paris.

« C’est l’amour salop même »

Lulu Van trapp, votre album s’appelle « Lovecity », mais il est plutôt question, à travers les paroles, d’amour vache ?

LVT : c’est l’amour salop même ! Cet album a été très irrigué par rapport à la ville et la relation d’amour/haine que nous avons avec elle. Pour Max, c’était comme une copine toxique que tu ne peux pas quitter, vers qui tu te retournes à chaque fois. C’est un peu ça, Paris est une ville tellement inspirante, aussi à travers la communauté que nous y avons, mais aussi avec sa manière d’être au centre de tous les mouvements. Tout a été centré autour de cela, de cette relation-là, de la manière dont elle nous fucked up (Ndr : modifie.), et de celle, nous avons créée aussi.

Nous avons fait des concerts sauvages

Pour lancer l’album, vous avez fait une tournée Lovecity à travers l’Europe. Il n’y a donc pas que Paris ?

LVT : cela peut être où tu veux. Chacun a sa Lovecity, nous, c’est Paris, mais pour les Romains, c’est Rome ! Après, nous avons fait cela sans autorisation, car sinon nous n’aurions pas pu jouer. C’est le principe du concert sauvage. Nous avons eu de la chance avec notre dégaine de petit couple mignon et bien blanc. Cela s’est toujours bien passé même si nous nous sommes fait arrêter deux fois par la police sans que cela ne soit méchant, en Espagne et dans le sud de l’Italie. Nous avons perdu beaucoup de points de vie, mais c’était marrant. Nous avons fait 6 ou 7 villes sur un rythme rock’n’roll, en restant à chaque fois un jour et demi sur place et en faisant des concerts sauvages sans savoir trop cela va se passer.

Lulu Van Trapp a joué à Versailles. Photo : Patrick Auffret

Votre hygiène de vie vous a permis de tenir ?

Nous avons fêté les concerts finis ! C’était vraiment un acte performatif. Cela nous a ouvert quelques portes à Londres, en Espagne et aussi à Berlin où nous nous sommes retrouvés tous les quatre pour faire un concert génial dans un lieu trop trop trop bien désormais fermé. Cela nous a surtout permis de planter des graines pour nous redonner l’envie de faire nos concerts d’une façon plus directe, avec une nouvelle dynamique de tour dans laquelle nous serons plus artisans, dans des endroits plus petits mais plus réels que dans des salles froides avec des gens qui ont payés une blinde. Un vrai bon tour, c’est un mélange de festivals, de grosses salles et de petits lieux.

« National Honey (She Loves Violence)« 

L’album débute par « National Honey (She Loves Violence) ». Cela donne le ton ?

LVT : cette chanson, c’est un peu un cri de ralliement. Quand tu ne grandis que dans un univers violent, est-ce que finalement ton rapport à l’amour lui-même n’est pas forgé dans la violence ? Comme la violence t’as faite, tu ne sais que recréer cette dynamique-là.

On essaie de faire de l’art

D’autres morceaux abordent ce thème. Par exemple « L’enfer avec toi » ou bien sûr « L’amour et la bagarre ». Ces deux titres sont là encore très explicites, vous n’êtes pas complétement à contre-courant de la bien-pensance actuelle et est-ce que cela ne vous a pas plombé au bout du compte ?

LVT : oui et non, car la bien-pensance n’est pas notre sujet lorsqu’on essaie de faire de l’art. Nous transportons davantage de la bienveillance, des messages d’amour, de soi et des autres. Après, lorsque tu es dans un monde violent, le représenter et l’interroger, c’est très intéressant même si parfois il y a un blocage à ce niveau-là. Comme si être le miroir de la violence faisait de toi quelqu’un de violent. Il s’agit d’interroger la violence et de la canaliser. De l’exorciser quelque part.

Lulu Van Trapp, ici dans ses bureaux à Versailles le 17 juin 2023. Photo Patrick Auffret
Lulu Van Trapp, ici dans ses bureaux à Versailles le 17 juin 2023. Photo : Patrick Auffret

Dans « L’amour et la bagarre », c’est très clair, vous vous foutez sur la gueule. Il y a des clips avec des images très expressives, des corps abîmés de partout alors que taper sur une femme est devenu le crime le plus abject de notre société. On a l’impression que vous remettez cela juste un rapport haine/love ?

LVT : le clip  » L’amour et la bagarre », au-delà du choc des images, est un clip sur le consentement et le pouvoir de se réapproprier la violence. Le personnage féminin initie énormément cette violence et s’en régale aussi. C’est une sorte de Fight-club, pour externaliser la violence subie de toutes parts. Il faut retrouver un safe-space, pour pouvoir se mettre sur la tronche entre amis, voire amoureux, car nous avons éclaté la frontière entre amour et amitié.

A la limite du SM

Si tu reparles des féminicides, tu ne dis jamais qu’une femme s’est bagarré, car là, tu ne subis pas la bagarre, tu communiques dans une dialectique violente. Le clip a en plus une vision profondément empathique. Il montre à chaque fois le visage de la personne qui reçoit les coups et à quel point elle jouit de cette violence profondément consentie. C’est à la limite du SM, une forme d’expression sexuelle qui met le consentement au centre de tout.

« Une meuf de OnlyFans »

Vous voulez dire quoi à travers le titre « Pornbooth » ? Dénoncer les sites genre Only fans ?

LVT : c’est plutôt pour les mettre à l’honneur ! Cette chanson est très légère, c’est un dialogue entre un gars derrière son écran et une meuf de OnlyFans. Il a développé une espèce de romanisation de sa relation avec elle, comme si c’était un peu son seul espoir dans ce monde. Il est obsédé par elle alors qu’elle ne sait même pas qui il est. Elle parle de son combat à elle, de sa relation dans cette vie, lui est dans une chanson d’amour. C’est le clash entre ces deux trucs-là, cette espèce d’impasse entre ces deux trucs.

Lulu Van Trapp.
Rébecca Baby durant le bal de l'amour à Paris.
Rébecca Baby, ici seins nus, est la chanteuse de Lulu Van Trapp. Photo : Patrick Auffret

Rébecca, il y a parfois un côté Nina Hagen dans le chant ?

LVT : merci. C’est une grosse référence pour moi depuis très jeune. Son côté glam avec ses tenues peut aussi être apparenté au groupe, je pense. Nous n’avons pas de tenues officielles, mais scène, nous avons ce côté spectacle à 300 %.

Une conscience politique

Changeons radicalement de sujet. Avez-vous une conscience politique, laquelle et vous servez-vous de la musique pour la mettre en avant ?

LVT : nous sommes tous très atteints par le monde autour nous, et politisé. Dans la musique aussi. Nous sommes là dans un truc où tout se réaligne. L’idéal serait d’être dans une zone où il n’y a pas besoin d’être politique afin de rester dans un art sensuel d’expression d’émotions. Car tous nos destins sont façonnés par la politique. Nous allons, avec ce troisième album à venir, réaligner ce geste politique. Il existe à l’intérieur des chansons avec la façon de les sortir pour se diriger vers une plus grande indépendance.

« L’industrie n’en a rien à foutre de tout cela »

Il faut aller vers des choses plus combatives et défiantes face à une industrie qui finalement n’en a rien à foutre de tout cela. Le fait d’être passé, entre guillemets, par ces eaux troubles nous a aussi vachement rassemblés. C’est dans l’adversité que tu trouves tes vrais amis. Pour nous quatre, le fait de créer de la musique ensemble est plus important que de passer en radio. Notre singularité est d’être en bloc et de rassembler des gens.

Agressée sexuellement

Depuis cette interview, le groupe a donné quelques concerts sporadiques. Et, samedi dernier, Rébecca Baby a été agressée sexuellement lors d’un concert au festival Le cri de la goutte, dans l’Ain. Elle a décrit sur Instagram, sa mésaventure, spécifiant comment elle a été agressée par un homme. Ce dernier lui avait violemment attrapé les seins. Une première pour elle

Seins nus

A ce moment précis, elle était venu à la rencontre de son public dans la fosse comme elle le fait systématiquement. Un épisode traumatisant pour Rébecca Baby auquel elle a répondu avec virulence en finissant le concert seins nus sur scène ! Plusieurs femmes l’ont alors imités. Son coup gueule diffusé sur Instagram et repris par toutes les chaînes infos a finalement était retiré du réseau social.

Site du groupe : https://www.luluvantrapp.com

Instagram :https://www.instagram.com/luluvantrapp/https://open.spotify.com/intl-fr/album/2IAzTOiNRzzJ9Srz17zWKf

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.