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La longue route des demandeurs d’asile

Les migrants sont plus que jamais au cœur de l’actualité. Alors que les naufrages se multiplient en Méditerranée, qu’ils sont toujours plus nombreux à tenter de traverser l’Europe puis la Manche, le centre d’Hébergement d’Urgence des Demandeurs d’Asiles (HUDA) Adoma de Mantes-la-Jolie accueille plus de cent personnes en attente de régularisation. Pour toutes, leur passage ici est une étape importante d’un long parcours du combattant.

Rue Maurice Braunstein à Mantes-la-Jolie, l’HUDA, géré par l’Adoma, a ouvert le 1er décembre 2018. Il dispose d’une centaine de chambres pour accueillir uniquement des hommes en attente de l’instruction de leurs dossiers. Les familles sont orientées vers des CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile), comme celui de Gargenville. Actuellement, sont présents majoritairement des Afghans mais aussi quelques ressortissants en provenance du Maghreb ou de l’Afrique Subsaharienne. «  En 2022, tous dispositifs confondus, nous avons accueillis 293 afghans, soit plus de 50% de nos publics, » indique Nafissatou Mbow, la directrice d’hébergement des Yvelines.Les Ukrainiens ne relèvent pas de la procédure asile classique, ils sont orientés vers d’autres programmes d’accueil.

Prise en charge globale

Les demandeurs d’asile bénéficient à l’HUDA Adoma de l’hébergement et l’accompagnement social nécessaire à l’instruction de leur dossier. A Mantes, ils sont en « procédure normale » ou bien « dublinés », ce terme désigne les personnes ayant déposées leurs empreintes en arrivant dans l’espace Schengen. Selon le règlement Dublin, afin d’empêcher la multiplication des demandes dans différents pays européens, un seul pays est responsable d’une demande d’asile. Le demandeur ne peut donc pas choisir le pays qui examinera sa demande. Les migrants arrivent toujours dans un état de très grande précarité, après un long périple. Ils resteront à l’HUDA Adoma de Mantes-la-Jolie le temps du traitement du dossier. Dans le cadre d’une procédure normale, l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) doit examiner la demande sous 6 mois mais cela peut aller jusqu’à 9 mois si la situation est particulièrement complexe ou si un grand nombre de ressortissants du même pays arrivent en même temps en France, comme c’est le cas avec les Afghans. Ils sont actuellement une soixantaine accueillis dans le centre Adoma de Mantes-la-Jolie. La moitié sont demandeurs d’asile, le quart « dublinés ».

Une volonté de s’intégrer durablement

Pour les demandeurs d’asile qui ont obtenu le statut de réfugié, les intervenants sociaux d’Adoma continuent un accompagnement social avec pour objectif leur insertion professionnel et leur relogement. Toutes les personnes orientées dans le centre Adoma de Mantes bénéficient d’une prise en charge globale.

Des activités pour la gestion de l’attente sont également mises en place. « Il y a une volonté de s’intégrer durablement, poursuit Nafissatou Mbow. Chaque projet est personnalisé, un réfugié a le souhait de s’intégrer et s’installer définitivement. »

Avec l’aide d’intervenants sociaux, le demandeur d’asile doit retranscrire son parcours de vie. Cette partie est délicate car souvent le demandeur d’asile ne maîtrise pas le français et ne parle même pas l’anglais. L’aide d’un traducteur, contacté le plus souvent par téléphone, s’avère indispensable. D’autant que les traumatismes subis dans les pays d’origine sont encore prégnants.

Dans le jardin de l’HUDA, Yann Bende Zonnet, le directeur-adjoint et Nafissatou Mbow, la directrice d’hébergement des Yvelines.

Interdiction de travailler

Le demandeur d’asile a interdiction de travailler durant les six premiers mois de sa procédure enregistrée par l’OFPRA. Il dispose d’un hébergement, et l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) leur octroi une Allocation de Demandeur d’Asile (ADA) d’un montant de 210€ par personne.

Pour les personnes orientées sans ressources, Adoma, conformément aux procédures internes fournit des fonds de premiers secours à raison de 5€ par jour et par personne. Elles ont interdiction de travailler durant les six premiers mois de leur procédure enregistrée par l’OFPRA (L’Office français de protection des réfugiés et apatrides). Les demandeurs d’asile doivent s’approprier la culture du pays dans lequel ils souhaitent être protégés. Cela demande du temps et de l’énergie pour les travailleurs sociaux comme pour les migrants.

Le dossier d’instruction

La principale occupation reste administrative. Il faut monter un dossier d’instruction. Cette première étape fondamentale marque la fin provisoire de leur périlleux périple accompli depuis leur pays d’origine. Pour les demandeurs d’asile, le but est d’obtenir le « statut de réfugié ». Ceux qui ne rentre pas dans les critères de la convention de Genève sont déboutés, un recours reste possible.

Un nouveau parcours du combattant se dessine alors car le demandeur d’asile redevient le plus souvent sans domicile fixe et n’a pour se loger d’autres solutions que d’appeler le 115, le numéro d’appel pour l’hébergement d’urgence, un service saturé …. Le début d’une nouvelle errance.

Les plus chanceux verront leur demande acceptée. « Nous faisons uniquement de l’accompagnement, nous ne jugeons pas sur le fond, » précise Yann Bende Zonnet, le directeur-adjoint de l’HUDA. Ils pourront reconstruire leur vie en France, à Mantes-la-Jolie ou ailleurs. Les travailleurs sociaux de l’HUDA ont alors trois mois pour accompagner le réfugié dans sa réinsertion. Leur titre de séjour ne sera valable que dix ans maximum, renouvelable ensuite sous condition.

NB : Le reportage, inédit, a été réalisé en 2023 et n’a pas été remis à jour. Les interlocuteurs ont pu changer de fonction ou déménager.

Patrick Auffret's avatar

Journaliste à Radio France Caen, Patrick Auffret a travaillé de nombreuses années à Publihebdos après un passage à Paris-Normandie tout en menant de front des activités de photographe de concert, notamment pour l'agence Dalle. Il a ensuite gravit tous les échelons jusqu'à devenir rédacteur chef au Courrier de Mantes, dans les Yvelines, puis de se lancer dans l'écriture. Son premier roman “Drugs party in the 80's”, sorti en 2024 a été réédité en 2026.